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1 juin 2017 4 01 /06 /juin /2017 16:27

À la fin de l’été, je passais chaque jour devant l’église des Carmes, à Paris. Un matin, j’y suis entré.

En ces mêmes lieux, le dimanche 2 septembre 1792, cent soixante prisonniers entassés là depuis trois semaines ont trouvé la mort dans le jardin attenant. On appelle cet épisode les « Massacres de Septembre ».

Ces hommes ont leur nom sur un mur de l’église. Sans crier gare, pendant que j’explorais les tableaux, voilà qu’ils se tenaient dans mon dos. Assis, allongés, à genoux, ils attendaient ; je retenais mon souffle.

Tout a commencé avec l’émotion de ce jour. Soudain, en plein Paris, l’Histoire n’apparaissait plus comme une chose faite, mais elle cherchait à nouveau son chemin, dans l’indécision du présent, le tremblé de l’heure.

J’ai voulu redonner vie à l’un de ces noms.

Voici l’histoire du jeune abbé Gabriel Fougère, assassiné à 20 ans pour avoir préféré Dieu.

(À paraître, le 18 août prochain, aux éditions du Cerf)

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Published by Christophe Langlois
30 mars 2017 4 30 /03 /mars /2017 15:58

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9 mai 2016 1 09 /05 /mai /2016 13:11
Nikita Struve et Soljenitsyne dans la datcha de l'écrivain (Russie Info, tous droits réservés)
Nikita Struve et Soljenitsyne dans la datcha de l'écrivain (Russie Info, tous droits réservés)

*

Nikita Struve vient de s’éteindre ce samedi 7 mai au terme de la Semaine Radieuse – ainsi dénommée parce qu'elle suit la Pâque orthodoxe, cette année célébrée le 1er mai. Est-il plus beau moment pour rejoindre le ciel ? Après l’aspasmos – le dernier baiser – le cercueil se refermera sur l’espérance chantée dans cette liturgie qui lui était chère.

Il fut le premier éditeur de Soljenitsyne (1918-2008).

Nikita Struve, homme de conscience, de lettres et de foi, comme le rappelle l’article de La Croix daté du 8 mai 2016, fut, avec Georges Nivat, l’élève de Pierre Pascal (1890-1983), qui avait publiquement quitté le communisme au moment des purges staliniennes, en 1937.

Struve, enseignant à Paris-X, directeur d'YMCA-Press, traduisit abondamment et fit connaître tout un pan caché de la littérature russe. Il contribua notamment à la diffusion de l’œuvre de Pasternak, publia la nouvelle "Coeur de chien" de Mikhaïl Boulgakov, pourtant écrite en 1925, préfaça en 1972 Le Bruit du temps de Mandelstam chez l’Âge d’homme, fut l’éditeur scientifique d’une Anthologie de la poésie russe (YMCA-Press, 2003).

Profondément attaché à la spiritualité orthodoxe, l’an dernier encore, il donna pour les éditions des Syrtes, une préface au Juda Iscarioth du père Serge Boulgakov.

Soljenitsyne prit contact avec lui, raconte-t-il, grâce à la valise diplomatique en 1971.

L’écrivain avait choisi Struve en raison de l’activité éditoriale de cet homme engagé : les éditions YMCA-Press qu'il dirigeait reprenaient, en particulier dans le Messager orthodoxe, organe de l’Action chrétienne des étudiants russes, des « samizdats », ou textes copiés et diffusés sous le manteau en raison de la censure soviétique. Cette revue dont il a retracé récemment l’histoire dans une interview pour Orthodoxie.com (consultable sur Internet Archive), publiait des auteurs qui n’avaient plus droit de cité en URSS, comme il le racontait encore à Maureen Demidoff sur Russie Info en 2011.

Dès 1963, Nikita Struve avait publié Les Chrétiens en URSS, aux éditions du Seuil (374 pages) dont la recension du même Pierre Pascal, traducteur de Dostoïevski et professeur en Sorbonne, qu’on peut lire encore dans la revue Le Contrat Social (1968, p. 79) soulignait qu’il s’agissait d’« un livre objectif, mais encore extrêmement prudent, pondéré et d’autant plus éloquent ».

C’est peu dire que Struve fut à l’origine et de la reconnaissance d’une œuvre sans équivalent, et de la prise de conscience qu’un « deuxième Holocauste », pour reprendre la formule choc de Jean Daniel en 1974, avait eu lieu. Sa rigueur, mais non sans doigté, son obstination, ses capacités d’interprète et de traducteur, auxquelles l'éditeur Claude Durand rendait hommage, et une capacité de travail impressionnante, ont beaucoup fait pour cela. Trop de complaisance chez les intellectuels français à l’égard du régime stalinien, comme en attestait récemment, sur France 2, dans le reportage « Après Hitler » diffusé le 8 mai 2016, les images de l’estafette battant la campagne en 1946 avec l’affiche « Staline, l'homme que nous aimons le plus » et le cri identique de Thorez à la tribune, avait rendu cette prise de conscience difficile.

Les archives de l’INA permettent de visionner un numéro d'« Ouvrez les guillemets » du 24 juin 1974. Introduite avec l'habileté bienveillante qui était coutumière à Bernard Pivot lorsqu'il dégoupillait ainsi pareille grenade, l'émission avait révélé au grand public la dimension du débat, la gravité tragique d'une vérité qui mettait mal à l'aise. On y découvre encore aujourd'hui la voix posée, le propos précis et jamais inutilement polémique de Nikita Struve, même aux prises avec un plateau tendu : ne serait-ce qu’en raison de la présence de Francis Cohen (1914-2000), journaliste à l’Humanité - d’ailleurs remarquablement houspillé par le jeune André Glucksmann - et d’Alain Bosquet (1919-1998).

Il est vrai que la publication de La Roue rouge, dans la traduction d’Aucouturier, Nivat et Semon en 1972, puis de L’Archipel du Goulag dans les deux années qui suivent, dans celle des Johannet, celle-ci entourée d’un grand secret, ont déchaîné les passions. On aurait le droit d'oublier, par exemple, le pamphlet malheureux et inutilement agressif d’Alain Bosquet, Pas d’accord Soljenitsyne (éd. Filipacchi, 1974) – tant il est vrai que Bosquet ne mettait pas de gants pour défendre une forme d’art à son avis incompatible avec le « reportage ». Pour Bosquet, Soljenitsyne, « monstre d’orgueil et de prétention», avait le tort de proposer une littérature « flattant le mépris où la populace en Occident tient toute manifestation de l’art autre que viscéral ou épidermique ». Il s’agissait bien de cela !

Le colloque qui s’est tenu du 19 au 21 mars 2009 au Collège des Bernardins, sous la direction de Nikita Struve, s’attelait à étudier « Le phénomène Soljenitsyne » sous ses trois aspects à la fois inséparables et irréconciliables : l’auteur d’Une Journée d’Ivan Denissovitch ne désirait-il pas être à la fois « chef de guerre, prêtre et écrivain », réalisant à la fois la négation de la littérature et son accomplissement ? C’est-à-dire, pour reprendre les termes de Struve, que Soljenitsyne était « habité par de puissantes tendances opposées qui en lui se heurtaient sans se détruire ».

"Souvent on écrit supplice, mais on doit lire chanson.

Peut-être la simplicité est un mal sans pardon.

La droiture de nos pensées n’est pas un pistolet à blanc :

Non les rames de papier, mais les messages sauvent les gens."

Ces vers d’Ossip Mandelstam (1891-1938), composés à la mort du poète symboliste Andreï Bely en 1934, ont été traduits par Nikita Struve.

Aujourd’hui, ne prennent-ils pas tout leur sens ?

*

A lire :

Christian Moncelet, Désir d’aphorismes : études, 1998, p. 215

Actes du Colloque international des Bernardins du 19 au 21 mars 2009, sous la direction de Nikita Struve, Le Phénomène Soljenitsyne, Éditions François-Xavier de Guibert, 2010.

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29 avril 2016 5 29 /04 /avril /2016 13:45
Revue de presse

Radio

L’amour des longs détours

France Culture, Les bonnes Feuilles, 19 novembre 2014

La Dictature du partage, éloge de l’incommunicable

RCF, Sur le rebord du monde, Béatrice Soltner, 21 septembre 2015

Finir en beauté

Radio Libertaire, Bibliomanie, Valère-Marie Marchand, 12 mars 2015, 1h30

France Culture, Le Masque et la Plume, Conseils de lecture, Jean-Louis Ezine, 3 août 2014

Sites web

L’amour des longs détours

L’Orient littéraire, 4 juin 2015 : « Secrètement, lentement » par Rita Baddoura

Finir en beauté

Sélection Goncourt de la nouvelle 2015

L’Obs, Sur le sentier des prix, mardi 7 avril 2015, « Premier roman, nouvelle, poésie : le Goncourt dévoile ses sélections »

Le Figaro.fr, Culture livres, mercredi 8 avril 2015, « Sélection pour le Goncourt de la nouvelle 2015 »

Boire la tasse

La République des livres, Pierre Assouline, « Bonnes nouvelles du bibliothécaire » : 23 juin 2011

Ouest-France.fr, Culture, 26 mai 2012 : « Etonnants voyageurs, les lauréats du Grand Prix de l’Imaginaire »

Presse

La Dictature du partage, éloge de l’incommunicable

La Vie, Dossier Les Essentiels, texte Anne-Laure Filhol, photographies Frédérique Jouval, 9 avril 2015, « Ecrire pour vivre »

L’amour des longs détours

Christus, n°246, avril 2015, Jean-Pierre Lemaire

Finir en beauté

Le Soir, Brabant Wallon, Culture, 31 janvier 2015 : « Surréel »

Bifrost, Bruno Para, octobre 2014

Boire la tasse

Bifrost, janvier 2012, Bruno Para

Le Soir, 13 janvier 2012, Livres

Etudes, décembre 2011, Marie-Noëlle Campana

Ouest France, 4 décembre 2011, Anne Kiesel

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15 avril 2016 5 15 /04 /avril /2016 15:24
Homme, deviens essentiel

*

Dans un livre, je tombai sur une parole,

Elle m'a frappé telle la foudre et n'en finit pas de brûler mes jours:

Quand je m'adonne à des plaisirs troubles, quand au lieu de l'être, j'attire à moi l'apparence, le mensonge et le jeu,

Quand, servile, je m'illusionne d'un sens rapide,

Comme si l'obscurité était claire et que la vie ne contenait pas mille portes fermées,

Que je répète des paroles dont je n'ai jamais éprouvé la portée,

Que je me saisis d'objets dont l'éclat ne m'a jamais bouleversé,

Quand le songe bienvenu me caresse de ses mains de velours,

Que le jour et la réalité me fuient,

Etranger au monde, étranger au moi le plus profond,

C'est là que la Parole se dresse face à moi: "Homme, deviens essentiel !"

*

"L'adage"

Ernst Stadler, in Le Départ, éd. Arfuyen

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19 janvier 2016 2 19 /01 /janvier /2016 16:03
Tournier : « Je crois en Dieu quand j’écoute Bach. »

1991, Saint-Martin de France.

C’était une rencontre comme tant d’autres : d’abord le silence gêné de la classe, puis le professeur croisant les bras, un peu en retrait, enfin les premières réponses de l’écrivain. Nous l’avions lu, commenté, maintenant voilà que l’auteur avait un corps ! C’était très impressionnant… Doigts levés, voix hésitantes, nous posions nos questions naïves, et je sentais déjà combien ce moment était décalé, combien nous étions « en-dessous » de l’œuvre, qu’il fallait d’abord lire plutôt que de s’adresser à l’homme qu’elle avait laissé derrière elle, pour parler comme Malraux.

« Croyez-vous en Dieu ? » lui ai-je demandé, le cœur battant à se rompre, certain pour ma part de ne jamais céder à pareille lubie.

Lui, énigmatique, souriant, presque rusé, passa entre les branches en douceur. Visiblement malade, il se tenait une main gonflée avec l’autre. Je la regardais : elle faisait un peu de mal à voir.

« Chaque fois que j’écoute Bach, oui, » me répondit-il sans me regarder, « je crois en Dieu. »

Notre professeur de philosophie, Jean-Pierre Zarader, jubilait.

Il avait fondé l’un de ses cours sur un rapprochement entre Vendredi ou la vie sauvage et la Phénoménologie de l’Esprit de Hegel, qui devait donner lieu plus tard à un livre, Robinson philosophe (Ellipses, 1999). Grossièrement, on peut l’entendre ainsi : chaque déconvenue de Robinson correspondrait à une étape franchie jusqu’au Savoir Absolu. Curieusement, si ce parallèle m’avait ébloui, j’avais surtout éprouvé un intense plaisir à la lecture de Vendredi ou les limbes du Pacifique, décanté ensuite en version pour la jeunesse, La vie sauvage, plus pauvre à mes yeux... J’avais appris avec stupeur qu’il lui avait fallu dix-sept années pour écrire le premier, pour se relever de l’échec à l’agrégation de philosophie. Ceci n’en rehaussait que davantage à mes yeux le prestige du roman « pour adultes ». Ses interminables méandres faisaient écho à l’attente du naufragé sur son île, dont le livre authentique de Defoe m’avait presque frustré (c’était bien avant de connaître la magnifique traduction de Françoise Du Sorbier chez Albin Michel).

Osant alors demander à Michel Tournier, du haut de mes dix-sept ans, s’il ne pensait pas – tout de même ! – Les Limbes supérieur à La vie sauvage, il me fit cette réponse acide qui me mortifia : «Mais non, c’est que vous êtes déjà vieux ! Un livre, si les enfants peuvent le lire, c’est infiniment mieux... »

Que l’illustration de Georges Lemoine, qui enchanta pendant des années les couvertures Folio Junior avec ses aquarelles pleines de rêverie et de douceur, nous soit une raison de plus de plonger de nouveau dans ce livre unique et léger…

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9 décembre 2015 3 09 /12 /décembre /2015 17:59
Discours

Le 8 octobre dernier, à la librairie Tropismes à Bruxelles, a été remis le Prix du premier recueil 2015 par la Fondation Antoine et Marie-Hélène Labbé pour la poésie.

Discours de présentation du recueil primé, par Judith Chavanne

Discours de réception du prix, par Christophe Langlois

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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 16:21
Que lire après ça ?

*

Un ami vient de me le demander. Que lire après ça ? Il est vrai. Chacun se sent vidé. Quels mots tiennent sur la page une fois passée l'onde de choc.

Chacun a sa zone de repli. Là où le silence et le sommeil renouent avec de futures forces.

Quelques-uns vont les chercher dans l'engourdissement d'actualités à jet continu, pour effacer le désastre par la répétition, en quelque sorte.

Mais d'autres vont entamer l'écoute des symphonies de Beethoven, par exemple, en réponse énergique et flamboyante à la tragédie, puisque frappées au coin de la tragédie.

Beaucoup rouvrent les évangiles, les psaumes, cette autre musique. Ne pas déserter, ne pas cesser de s'adresser à plus grand que soi. Ce serait la pire chose. S'interdire l'âme au prétexte que certains forcent les textes.

Pour ma part, aucune lecture continue ne me trouve actuellement réceptif. Il me semble tellement mieux voir dans le discontinu. Entre des bouts de phrase, des vers.

Je conseille à ceux qui, faisant confiance soudain à cette absence de suite dans les idées qui signe peut être le début d'une nouvelle prise de conscience, ce spicilège de Hofmannsthal, "Le Livre des amis", dans la traduction toujours éclairante de Jean-Yves Masson, aux toutes nouvelles éditions de la Coopérative dont nous saluons ici le premier livre et la naissance.

Voici une langue pour les alarmes. Un livre pour les temps obscurs.

On y lit pêle-mêle Goethe, La Bruyère, Lichtenberg. Des pensées, des observations, des prises de risque. Un voyage entre les lectures de l'auteur, ses questions, sa manière à lui de butiner comme le montre facétieusement la ruche de la couverture choisie par l'éditeur pour emblème.

La postface de Masson distingue avec bonheur l'aphorisme dufragment, l'approche française de l'approche allemande: l'une sociale, l'autre solitaire, la première concentrant la vérité en quelques mots d'une formule parfaite, la seconde irrésolue et jetée comme une semence dans l'avenir inachevé.

On trouve ceci par exemple:

"Chacun croit savoir sur la nation la vérité ultime, comme il croit la connaître sur lui-même. Mais si on lui demandait ce dont il s'agit, il répondrait comme saint Augustin à la question de savoir ce qu'est le temps: "Si on ne me le demande pas, je le sais; mais si on me le demande, je ne le sais pas."

Ou cela:

"En ce qui concerne l'Etat, la forme du gouvernement est de très faible importance, quoique les gens à demi cultivés pensent autrement. Le grand but de l'art politique devrait être la durée, étant donné qu'elle est bien plus précieuse que la liberté." (Machiavel)

Et pour finir, pages 39 et 59 :

"Si vous parlez, dites la vérité; si vous promettez quelque chose, tenez votre promesse; payez vos dettes; soyez chastes dans vos pensées et dans vos oeuvres; abstenez-vous de toute violence; et fuyez en tout le mal. (...)

Dieu a dit: Celui qui fait le bien, je le lui revaudrai au centuple et davantage; celui qui fait le mal, il en touchera le salaire, si je ne lui pardonne pas; et celui qui veut s'approcher de moi d'un empan, je m'avancerai vers lui de douze aunes; celui qui vient à moi en marchant au pas, je courrai à sa rencontre; et qui paraîtra devant moi plein de péché, mais plein de foi, devant lui j'apparaîtrai, prêt à lui pardonner.

Dieu dit: J'étais un trésor que nul ne connaissait, et je voulais me faire connaître; alors j'ai créé l'homme.

Une heure de contemplation vaut mieux qu'un an de dévotion.

L'aspiration au savoir est un commandement divin pour tout croyant; mais celui qui partage le savoir avec ceux qui en sont indignes suspend des perles, des pierres précieuses et de l'or au cou des porcs." (Mahomet)

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6 octobre 2015 2 06 /10 /octobre /2015 08:38
Only connect

A qui ne connaît toujours pas le Bruit du temps et sa librairie de bois vert rue du Cardinal-Lemoine, on ne peut que prendre la main, l'emmener: seule la vision de ces livres advenus dans un ordre secrètement pressenti, soumis à une volonté plus vaste que celle d'un seul homme, peut convaincre de l'aventure actuelle.

Chaque livre qu'ils font est une fête pour l'esprit.

Et je dis "faire" comme le poète est appelé en anglais "maker", mot cher à Borges, car c'est avec le réalisme absolu du poète que l'éditeur fabrique ici son objet.

L'une des grandes exaltations de la vie d'un lecteur aura été d'avoir reconnu, tenu, le beau. Il est ici, à portée de main. Forster le sensuel, l'intellectuel, le sage amant de la vie, nous donne en 2015 ce livre, "Howards End" (1910) dans la traduction de Mauron, qui est évidemment l'événement littéraire de la rentrée. Oui, admettons-le, pas un livre du demi-millier de romans tombés des presses, ne porte si haut les couleurs de la sensibilité, le sens du livre - qui doit à l'éditeur sa forme voluptueusement découpée -, le sens de ce qu'est un texte, des surprises qu'il sait ourdir, de la formidable plasticité du roman, la faculté d'embrasser la mort, la tendresse, la tragédie, de faire entrer le lecteur dans la vie intérieure, de gagner ce monde à l'intelligence reliante - "only connect" est l'épigraphe de ce chef-d'oeuvre - grâce à une irrésistible épidémie du regard.

Forster - après "Monteriano" (1905), "Le plus long des voyages" (1907), et avant "Route des Indes" (1924), tous au Bruit du temps dans de frais volumes cousus sous jaquette - Forster a composé l'oeuvre la plus équilibrée qui soit, où il a fait entrer en collision le monde moderne, la psychologie et l'intemporel de la nature.

Ce n'est pas tant de ses livres mêmes qu'il faut parler - que j'incite le lecteur à dévorer tous à la suite, car il ne s'en trouvera pas rassasié mais magnifiquement élevé vers l'extase - que de quelque chose qui persiste entre eux et nous, qui flotte après la lecture, par-dessus les livres : l'esprit de Forster ? Le nôtre? Peut-être plus encore... Une disposition à rentrer dans la compréhension des êtres, des situations, du temps, qui semble être une motion de l'Esprit. Nul besoin après de chercher un salut en-dehors de cette conscience, elle est le salut lui-même, une appréciation colorée et spirituelle de la vie.

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21 septembre 2015 1 21 /09 /septembre /2015 13:10
Emission "La Dictature du partage"

"Sur le rebord du monde", Béatrice Soltner, 21/09/2015, 13h30

Podcast ici.

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Qu'est-ce que Boire la tasse ? Avant tout, grâce à l'Arbre Vengeur, un recueil de quinze nouvelles de Christophe Langlois parues à l'heure du thé en 2011, "Grand prix de l'imaginaire" en 2012...

 

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L'auteur

Christophe Langlois, auteur de langue française venu au monde en Normandie au début de la première crise pétrolière, de mère allemande et d'un père né le jour d'Hiroshima; élevé dans les champs, un jardin anglais et une librairie templière; vivant actuellement dans une bibliothèque et au bord de l'eau, qu'il regagne chaque jour en vélo et en train, comme d'autres amateurs d'égarements; que tous ces événements ont peut-être marqué plus qu'il ne veut l'admettre et que ne quitte pas un certain amour des longs détours.